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Moustiquaires imprégnées (MILD) : efficacité réelle, entretien correct et erreurs à éviter en zone UEMOA
Dans beaucoup de foyers, la moustiquaire est là — mais accrochée au mur, sortie seulement à l'hivernage, ou lavée comme un pagne. Voici ce que les essais mesurent vraiment, et les gestes qui décident de sa protection.
L'essentiel
Bords rentrés sous le matelas, chaque nuit, toute l'année — saison sèche comprise. Toute fièvre survenue malgré la moustiquaire impose un test de diagnostic rapide sous 24 heures.
Dans les centres de santé du Niger, la moustiquaire imprégnée est remise gratuitement depuis plus d'une décennie. Presque chaque famille en possède une. Pourtant, les enquêtes de terrain décrivent toujours la même scène : le filet plié dans un sac, accroché au mur, ou ressorti seulement quand les premières pluies tombent. Une moustiquaire rangée protège autant qu'une moustiquaire absente.
L'enjeu n'est pas mince. L'OMS a recensé 282 millions de cas de paludisme et 610 000 décès dans le monde en 2024, la Région Afrique portant de très loin la charge la plus lourde[1]. La moustiquaire imprégnée d'insecticide longue durée d'action — la MILD — reste l'outil de protection individuelle le mieux documenté contre cette maladie. Encore faut-il savoir ce qu'elle fait réellement, et ce qui la détruit.
Ce que les essais mesurent vraiment, et ce qu'ils ne disent pas
Un chiffre circule partout : « les moustiquaires réduisent de moitié la mortalité palustre ». Il mélange en réalité deux résultats distincts. La revue Cochrane de référence, qui rassemble plus de vingt essais contrôlés randomisés menés en Afrique subsaharienne, mesure une réduction d'environ 17 % de la mortalité toutes causes chez les enfants de moins de 5 ans, soit près de 5,5 vies sauvées chaque année pour 1 000 enfants protégés[2].
Les 50 %, eux, concernent les épisodes de paludisme non compliqué en zone d'endémie stable ; les formes graves reculent d'environ 45 %[2]. L'écart entre ces deux chiffres n'est pas un détail comptable. Il dit que la moustiquaire évite d'abord des accès fébriles et des hospitalisations, et que la survie dépend aussi de la rapidité du diagnostic et de la qualité du traitement.
Chez la femme enceinte, le bénéfice est d'un autre ordre. Dormir sous MILD réduit d'environ 23 % le risque de faible poids de naissance et d'environ un tiers les pertes fœtales lors des premières grossesses[3]. En revanche, dans ces mêmes essais, l'effet sur l'anémie maternelle penche en faveur des moustiquaires sans atteindre le seuil de significativité statistique[3]. Le dire vaut mieux que promettre ce qui n'est pas démontré.
Pourquoi une simple toile tue le moustique au lieu de l'écarter
Une moustiquaire ordinaire sépare. Une moustiquaire imprégnée tue. La différence tient à l'insecticide incorporé dans la fibre, le plus souvent un pyréthrinoïde : perméthrine, deltaméthrine ou alpha-cyperméthrine. Le moustique qui se pose sur le filet reçoit une dose létale par simple contact, avant même d'avoir cherché une ouverture.
Cette différence explique un effet moins connu : la protection déborde du lit. En réduisant la population de vecteurs dans la pièce et dans le voisinage, une couverture élevée protège partiellement ceux qui ne dorment pas sous moustiquaire. C'est la raison pour laquelle l'OMS raisonne en couverture du ménage, et non en protection strictement individuelle[4].
Trois familles de moustiquaires, et la question de la résistance
Anopheles gambiae, vecteur dominant en Afrique de l'Ouest, a développé des mécanismes de résistance aux pyréthrinoïdes. L'OMS en a tiré une conséquence pratique : recommander, dans les zones où cette résistance est confirmée, des moustiquaires qui associent au pyréthrinoïde une seconde substance[4].
La première réponse a été le pipéronyl butoxyde (PBO), un synergiste qui bloque les enzymes par lesquelles le moustique dégrade l'insecticide. Dans un essai randomisé conduit en zone de forte résistance, les MILD-PBO ont réduit la prévalence de l'infection chez l'enfant avec un rapport de cotes de 0,37 à neuf mois et de 0,40 à vingt et un mois, comparées aux moustiquaires classiques[5].
La génération suivante n'ajoute plus un synergiste mais une seconde substance active à part entière. L'essai tanzanien à quatre bras portant sur le chlorfénapyr a mesuré, à vingt-quatre mois, une prévalence de l'infection de 25,6 % chez les enfants dormant sous ce type de filet, contre 45,8 % sous moustiquaire à pyréthrinoïde seul[6].
| Famille | Substances actives | Intérêt principal | Durée visée |
|---|---|---|---|
| MILD à pyréthrinoïde seul | Perméthrine, deltaméthrine ou alpha-cyperméthrine | Référence historique des campagnes de distribution de masse | 3 ans |
| MILD pyréthrinoïde + PBO | Pyréthrinoïde + pipéronyl butoxyde | Restaure l'effet insecticide là où la résistance est installée | 3 ans |
| MILD à double substance active | Pyréthrinoïde + chlorfénapyr | Deux mécanismes de toxicité distincts sur le même filet | 3 ans |
Un contre-point mérite d'être posé, car il est souvent mal restitué sur le terrain. La cohorte internationale coordonnée par l'OMS dans cinq pays, dont le Bénin, n'a pas trouvé de preuve que la résistance aux pyréthrinoïdes annule l'effet protecteur des moustiquaires classiques[7]. Autrement dit : la résistance justifie de faire évoluer les filets distribués par les programmes nationaux, elle ne justifie jamais d'abandonner celui qu'on possède déjà.
Les règles d'usage qui décident de tout
Première règle : chaque nuit, toute l'année. Réserver la moustiquaire à la saison des pluies est l'erreur la plus répandue au Sahel. La densité d'Anopheles culmine pendant l'hivernage, mais la transmission persiste en saison sèche autour des périmètres irrigués, des mares et des berges du fleuve. Une protection saisonnière laisse une porte ouverte six mois par an.
Deuxième règle : les bords rentrés sous le matelas ou sous la natte, sur tout le pourtour, avant de s'allonger. Un bord laissé libre annule une partie du bénéfice. Les moustiques remontent par le bas pendant la nuit, quand personne ne surveille.
Troisième règle : réparer sans attendre. Un trou de deux centimètres suffit au passage. Une aiguille et du fil règlent le problème en quelques minutes, alors qu'un filet dont on repousse la réparation devient un objet décoratif. Le contrôle est simple : tendre la toile devant une source de lumière et regarder par où le jour passe.
Laver, sécher, ne pas vaporiser : ce qui use l'imprégnation
L'insecticide n'est pas peint sur la toile : il est incorporé à la fibre et migre lentement vers la surface, où le moustique le rencontre. Chaque lavage en emporte une fraction. La première consigne est donc de laver le moins souvent possible — deux à quatre fois par an suffisent dans la plupart des ménages.
Quand le lavage s'impose, il se fait à l'eau froide, avec un savon doux, en frottant sans violence. Les détergents puissants, l'eau de Javel et le brossage énergique emportent l'insecticide beaucoup plus vite que l'usage normal. Le séchage se fait à plat, à l'ombre, dans un endroit ventilé.
Le chiffre des « vingt lavages » revient souvent dans les discussions. Il faut en comprendre l'origine. Pour être homologuée « longue durée d'action », une moustiquaire doit conserver son activité insecticide après une série de lavages standardisés en laboratoire et sur environ trois ans d'usage sur le terrain : c'est le protocole d'évaluation de l'OMS[8]. Ce n'est ni une garantie commerciale, ni un quota de lavages autorisés à la maison.
Qui doit dormir dessous en priorité
L'OMS vise une couverture universelle, définie comme au moins une moustiquaire pour deux personnes dans le ménage[4]. Quand les filets manquent, la priorité va aux enfants de moins de 5 ans, chez qui la mortalité palustre est maximale, et aux femmes enceintes, exposées au paludisme placentaire[3]. Les modalités de prévention pendant la grossesse sont détaillées dans notre article paludisme et grossesse.
Les enfants drépanocytaires forment un troisième groupe prioritaire. Chez eux, un accès palustre déclenche des crises vaso-occlusives et des anémies aiguës sévères ; la protection mécanique fait partie intégrante de la prise en charge, au même titre que la chimioprophylaxie. Le dépistage de ce terrain est expliqué dans notre fiche sur l'électrophorèse de l'hémoglobine.
En zone UEMOA, les MILD sont remises gratuitement lors des campagnes de distribution de masse, puis en routine dans les formations sanitaires : à la femme enceinte dès la première consultation prénatale, à l'enfant lors des séances de vaccination. Si le filet n'a pas été remis, il est légitime de le demander explicitement au personnel de santé. Et si le paludisme survient malgré tout, le traitement de première intention repose sur les combinaisons à base d'artémisinine — voir notre fiche sur l'artéméther-luméfantrine.
Quand remplacer une moustiquaire, et comment le savoir
Trois ans correspondent à la durée d'usage visée par les critères d'homologation[8], pas à une date de péremption. Deux paramètres décident en pratique : l'état physique de la toile et l'ancienneté de l'imprégnation. Une moustiquaire portant plusieurs déchirures importantes, dont les mailles distendues laissent largement passer la lumière du jour, doit être remplacée même à deux ans.
Sur le prix, la prudence s'impose. Les moustiquaires des programmes nationaux sont gratuites, et il n'existe pas de prix public officiel de référence pour une MILD achetée hors campagne au Niger. Les montants observés sur les marchés varient fortement et proviennent parfois de filets détournés de la distribution gratuite. Plutôt que d'acheter à l'aveugle, le réflexe utile est de se rapprocher du centre de santé intégré ou de l'agent de santé communautaire pour la campagne suivante.
Reste un contrôle à faire au moment de recevoir un filet : l'étiquette doit porter la mention MILD ou LLIN, le nom de la substance active et celui du fabricant. Un filet sans marquage n'offre aucune garantie d'imprégnation. Ce réflexe de vérification vaut au-delà des moustiquaires : il s'applique aussi à l'eau de boisson du foyer, comme le rappelle notre article sur l'eau potable et les maladies hydriques.
Trois vérifications, deux minutes, ce soir
Les bords sont-ils rentrés sous le matelas ? Reste-t-il des trous non réparés ? Le filet a-t-il plus de trois ans ? Recevez nos fiches prévention vérifiées, ancrées dans le contexte UEMOA, directement dans votre boîte mail.
M'inscrire gratuitementQuestions fréquentes
Faut-il dormir sous moustiquaire toute l'année ou seulement pendant l'hivernage ?
Toute l'année, chaque nuit. Réserver la moustiquaire à la saison des pluies est l'erreur la plus répandue au Sahel. La densité d'Anopheles gambiae culmine pendant l'hivernage, mais la transmission persiste en saison sèche autour des périmètres irrigués, des mares et des berges du fleuve.
Comment laver une moustiquaire imprégnée sans détruire l'insecticide ?
Le moins souvent possible, deux à quatre fois par an dans la plupart des ménages. Le lavage se fait à l'eau froide, avec un savon doux, en frottant sans violence. Les détergents puissants, l'eau de Javel et le brossage énergique emportent l'insecticide beaucoup plus vite que l'usage normal. Le séchage se fait à plat, à l'ombre, jamais en plein soleil.
De combien les moustiquaires imprégnées réduisent-elles réellement le risque ?
La revue Cochrane de référence, qui rassemble plus de vingt essais contrôlés randomisés, mesure une réduction d'environ 17 % de la mortalité toutes causes chez les enfants de moins de 5 ans, soit près de 5,5 vies sauvées par an pour 1 000 enfants protégés. Les épisodes de paludisme non compliqué reculent d'environ 50 % en zone d'endémie stable et les formes graves d'environ 45 %. Chez la femme enceinte, le risque de faible poids de naissance baisse d'environ 23 %. Le chiffre de 50 % concerne donc les épisodes de paludisme, pas la mortalité.
Quand faut-il remplacer une moustiquaire imprégnée ?
Environ trois ans d'usage correspondent à la durée visée par les critères d'homologation de l'OMS, mais ce n'est pas une date de péremption. Une moustiquaire portant plusieurs déchirures importantes, dont les mailles distendues laissent largement passer la lumière du jour, doit être remplacée même à deux ans. Le contrôle pratique consiste à tendre la toile devant une source de lumière et à regarder par où le jour passe.
Peut-on vaporiser un insecticide ménager sur la moustiquaire ?
Non. Les sprays du commerce contiennent des solvants qui attaquent l'imprégnation et fragilisent les mailles. Pour traiter la chambre, vaporiser dans la pièce plusieurs heures avant le coucher, aérer, puis installer la moustiquaire normalement.
Sources et références
- Organisation mondiale de la Santé. World malaria report 2025. OMS, Genève, 4 décembre 2025.
- Lengeler C. Insecticide-treated bed nets and curtains for preventing malaria. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2004;(2):CD000363.
- Gamble C, Ekwaru JP, ter Kuile FO. Insecticide-treated nets for preventing malaria in pregnancy. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2006;(2):CD003755.
- Organisation mondiale de la Santé. WHO guidelines for malaria (lutte antivectorielle : moustiquaires imprégnées, couverture universelle, moustiquaires de nouvelle génération). OMS, Genève, 13 août 2025.
- Protopopoff N, Mosha JF, Lukole E, et al. Effectiveness of a long-lasting piperonyl butoxide-treated insecticidal net and indoor residual spray interventions, separately and together, against malaria transmitted by pyrethroid-resistant mosquitoes. The Lancet. 2018;391(10130):1577-1588.
- Mosha JF, Kulkarni MA, Lukole E, et al. Effectiveness and cost-effectiveness against malaria of three types of dual-active-ingredient long-lasting insecticidal nets (LLINs) compared with pyrethroid-only LLINs in Tanzania: a four-arm, cluster-randomised trial. The Lancet. 2022;399(10331):1227-1241.
- Kleinschmidt I, Bradley J, Knox TB, et al. Implications of insecticide resistance for malaria vector control with long-lasting insecticidal nets: a WHO-coordinated, prospective, international, observational cohort study. The Lancet Infectious Diseases. 2018;18(6):640-649.
- Organisation mondiale de la Santé. Guidelines for laboratory and field-testing of long-lasting insecticidal nets. WHO/HTM/NTD/WHOPES/2013.1. OMS, Genève, 2013.